Les primaires américaines
et le prix des céréales

Mars 2008
Le prix des céréales est en forte hausse puisque la demande croît plus rapidement que l’offre des producteurs. Toutefois, une partie de la croissance de la demande provient du nouvel appétit des Américains pour l’éthanol-maïs. Les élections américaines pourraient-elles changer cette donne et affecter la tendance haussière de prix observée? Avant d’aborder cette question sous l’angle des programmes des candidats à la présidence, voyons quelques chiffres.

En décembre 2007, les Américains comptaient 134 usines produisant 7,2 milliards de gallons d’éthanol par an et absorbant environ 20 % de leur production de maïs. Au même moment, il y avait 66 usines en construction ou en agrandissement pour 6,2 milliards de gallons supplémentaires1.

Une fois ces projets complétés, c’est près de 40 % de la production américaine de maïs qui sera utilisé pour la fabrication d’éthanol. Rappelons que les Américains consomment 140 milliards de gallons d’essence et 40 milliards de gallons de diesel par an.

Parmi les candidats à la présidence toujours en liste au moment d’écrire ces lignes, nous avons retenu les démocrates Hillary Clinton et Barack Obama, ainsi que le républicain John McCain. Mentionnons d’abord que l’agriculture est peu discutée dans les programmes des candidats. Le discours agricole est en fait principalement substitué au discours portant sur l’éthanol. Ceci est d’autant surprenant que le départ des investitures a eu lieu en Iowa, un État agricole de trois millions de personnes. Mais comme l’Iowa produit beaucoup de maïs et compte 28 usines d’éthanol et 19 en construction, cela a plus de sens. Dans une course où les perceptions peuvent changer la réalité, bien paraître dès le départ est important. Bien que chaque candidat ait été questionné sur l’éthanol-maïs dans le cadre du caucus de l’Iowa, nous allons regarder brièvement les positions de chacun à plus long terme.

Il y a environ un an, à la question d’un journaliste lui demandant si elle était prête à s’opposer à une subvention visant une technologie qui réduirait la dépendance énergétique des Américains, mais qui ne contribuerait pas à la lutte aux changements climatiques, Hillary Clinton répondait « absolument ». Vous l’aurez deviné, Hillary n’est pas une fan de l’éthanol-maïs. Elle favorise par contre l’éthanol cellulosique qui a un bilan énergétique et environnemental largement supérieur à l’éthanol-maïs.

Elle prévoit d’ailleurs allouer 50 milliards de dollars sur 10 ans à la recherche d’énergie propre. Toutefois, en novembre dernier, Hillary déclarait s’être ralliée à l’éthanol-maïs pour diverses raisons, notamment le fait que les usines sont maintenant mieux réparties sur le territoire américain, réduisant les distances de livraison. Elle appuie également le très ambitieux Biofuel Security Act qui a pour objectif la production de 60 milliards de gallons d’éthanol par an (cellulosique ou maïs) d’ici 2030. Barack Omaba, sénateur de l’Illinois, un état producteur de maïs, est un des instigateurs du Biofuel Security Act. Il appuie donc les mêmes cibles de production d’éthanol que Clinton, sauf qu’Obama est nettement plus porté vers l’éthanol-maïs que sa consoeur.

Quant au candidat républicain John McCain, ce dernier affirmait en 2005 que l’éthanol-maïs ne contribuait pas à réduire la consommation d’essence, à améliorer la qualité de l’air et avait peu d’impact sur l’indépendance énergétique des États-Unis. Il se ravisait toutefois fin 2006 pour dire que l’éthanol-maïs était une source d’énergie alternative vitale puisqu’elle réduisait la dépendance américaine au pétrole étranger et réduisait les gaz a effet de serre. Fait important, McCain maintient toujours son opposition aux subventions pour l’éthanol.

Comme nous pouvons le constater, bien que Clinton et McCain y soient idéologiquement moins favorables, sur la base du discours des candidats, l’éthanol-maïs a encore de beaux jours devant lui, peu importe qui accèdera à la présidence américaine. Il semble que seuls d’importants développements technologiques au niveau de l’éthanol cellulosique pourraient briser l’élan de l’éthanol-maïs, avec les répercussions qui s’en suivraient sur le prix des céréales.

1. http://www.ethanolrfa.org/industry/locations/



Le prof Doyon

Maurice Doyon est professeur agrégé et directeur du programme de maîtrise au Département d’économie agroalimentaire et des sciences de la consommation de l’Université Laval. Il est également membre du Centre de Recherche en Économie agroalimentaire (CRÉA) au même département, professeur auxiliaire à l’Université du Maine, chercheur associé du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations à Montréal et chercheur associé de l’Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels. Détenteur d’un doctorat en économie appliquée de l’Université Cornell, ainsi que d’une maîtrise de la même institution, M. Doyon a obtenu plus de quinze bourses et distinctions tout au long de son cheminement académique.




 

 


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