Le prix
des céréales
est en forte hausse puisque
la demande croît plus
rapidement que l’offre
des producteurs. Toutefois,
une partie de la croissance
de la demande provient du
nouvel appétit des
Américains pour l’éthanol-maïs.
Les élections américaines
pourraient-elles changer
cette donne et affecter
la tendance haussière
de prix observée?
Avant d’aborder cette
question sous l’angle
des programmes des candidats
à la présidence,
voyons quelques chiffres.
En décembre 2007,
les Américains comptaient
134 usines produisant 7,2
milliards de gallons d’éthanol
par an et absorbant environ
20 % de leur production
de maïs. Au même
moment, il y avait 66 usines
en construction ou en agrandissement
pour 6,2 milliards de gallons
supplémentaires1.
Une fois ces projets complétés,
c’est près
de 40 % de la production
américaine de maïs
qui sera utilisé
pour la fabrication d’éthanol.
Rappelons que les Américains
consomment 140 milliards
de gallons d’essence
et 40 milliards de gallons
de diesel par an.
Parmi les candidats à
la présidence toujours
en liste au moment d’écrire
ces lignes, nous avons retenu
les démocrates Hillary
Clinton et Barack Obama,
ainsi que le républicain
John McCain. Mentionnons
d’abord que l’agriculture
est peu discutée
dans les programmes des
candidats. Le discours agricole
est en fait principalement
substitué au discours
portant sur l’éthanol.
Ceci est d’autant
surprenant que le départ
des investitures a eu lieu
en Iowa, un État
agricole de trois millions
de personnes. Mais comme
l’Iowa produit beaucoup
de maïs et compte 28
usines d’éthanol
et 19 en construction, cela
a plus de sens. Dans une
course où les perceptions
peuvent changer la réalité,
bien paraître dès
le départ est important.
Bien que chaque candidat
ait été questionné
sur l’éthanol-maïs
dans le cadre du caucus
de l’Iowa, nous allons
regarder brièvement
les positions de chacun
à plus long terme.
Il y a environ un an, à
la question d’un journaliste
lui demandant si elle était
prête à s’opposer
à une subvention
visant une technologie qui
réduirait la dépendance
énergétique
des Américains, mais
qui ne contribuerait pas
à la lutte aux changements
climatiques, Hillary Clinton
répondait «
absolument ». Vous
l’aurez deviné,
Hillary n’est pas
une fan de l’éthanol-maïs.
Elle favorise par contre
l’éthanol cellulosique
qui a un bilan énergétique
et environnemental largement
supérieur à
l’éthanol-maïs.
Elle prévoit d’ailleurs
allouer 50 milliards de
dollars sur 10 ans à
la recherche d’énergie
propre. Toutefois, en novembre
dernier, Hillary déclarait
s’être ralliée
à l’éthanol-maïs
pour diverses raisons, notamment
le fait que les usines sont
maintenant mieux réparties
sur le territoire américain,
réduisant les distances
de livraison. Elle appuie
également le très
ambitieux Biofuel Security
Act qui a pour objectif
la production de 60 milliards
de gallons d’éthanol
par an (cellulosique ou
maïs) d’ici 2030.
Barack Omaba, sénateur
de l’Illinois, un
état producteur de
maïs, est un des instigateurs
du Biofuel Security Act.
Il appuie donc les mêmes
cibles de production d’éthanol
que Clinton, sauf qu’Obama
est nettement plus porté
vers l’éthanol-maïs
que sa consoeur.
Quant au candidat républicain
John McCain, ce dernier
affirmait en 2005 que l’éthanol-maïs
ne contribuait pas à
réduire la consommation
d’essence, à
améliorer la qualité
de l’air et avait
peu d’impact sur l’indépendance
énergétique
des États-Unis. Il
se ravisait toutefois fin
2006 pour dire que l’éthanol-maïs
était une source
d’énergie alternative
vitale puisqu’elle
réduisait la dépendance
américaine au pétrole
étranger et réduisait
les gaz a effet de serre.
Fait important, McCain maintient
toujours son opposition
aux subventions pour l’éthanol.
Comme nous pouvons le constater,
bien que Clinton et McCain
y soient idéologiquement
moins favorables, sur la
base du discours des candidats,
l’éthanol-maïs
a encore de beaux jours
devant lui, peu importe
qui accèdera à
la présidence américaine.
Il semble que seuls d’importants
développements technologiques
au niveau de l’éthanol
cellulosique pourraient
briser l’élan
de l’éthanol-maïs,
avec les répercussions
qui s’en suivraient
sur le prix des céréales.
1.
http://www.ethanolrfa.org/industry/locations/
Le prof Doyon
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Maurice Doyon est
professeur agrégé
et directeur du
programme de maîtrise
au Département
d’économie
agroalimentaire
et des sciences
de la consommation
de l’Université
Laval. Il est également
membre du Centre
de Recherche en
Économie
agroalimentaire
(CRÉA) au
même département,
professeur auxiliaire
à l’Université
du Maine, chercheur
associé du
Centre interuniversitaire
de recherche en
analyse des organisations
à Montréal
et chercheur associé
de l’Institut
des nutraceutiques
et des aliments
fonctionnels. Détenteur
d’un doctorat
en économie
appliquée
de l’Université
Cornell, ainsi que
d’une maîtrise
de la même
institution, M.
Doyon a obtenu plus
de quinze bourses
et distinctions
tout au long de
son cheminement
académique.
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