Une journaliste
communiquait récemment
avec moi afin de discuter
de l’inflation alimentaire
qui fait surface au Québec
et ailleurs dans le monde.
Son intérêt
concernait les stratégies
que le Québec, collectivement,
et les consommateurs, individuellement,
pourraient adopter pour
contrer ce phénomène.
Il est vrai que l’inflation
en alimentation s’installe
doucement et devrait se
manifester plus fermement
dans les mois à venir
chez nous. Les causes sont
connues, en passant des
sécheresses en Australie,
à l’appétit
des Américains pour
l’éthanol-maïs,
à la hausse des coûts
d’énergie et
à la hausse de la
demande de protéine
animale de la part des pays
en émergence, telle
la Chine. Toutefois, cet
appel m’a rendu quelque
peu inconfortable puisque
les questions de cette journaliste
sous-tendent que l’inflation
alimentaire serait un problème
au Québec. Or, il
est important que les consommateurs
québécois
relativisent le tout.
Premièrement, le
consommateur québécois
déboursait 28 % plus
d’argent en 2006 en
dépenses automobiles
qu’en épicerie.
Depuis 1997, la croissance
des dépenses liées
au transport automobile
a augmenté de 44
%, alors que celles en épicerie
augmentaient de 16 % pour
la même période.
Pas étonnant, puisque
le budget alimentaire occupe
moins de 12 % des dépenses
des ménages québécois.
Entre vous et moi, si vous
aviez à choisir ce
que vous pouvez apporter
sur une île déserte,
que choisiriez-vous, votre
« char » ou
de la nourriture? De plus,
en 2006, près du
quart (25 %) des dépenses
alimentaires des ménages
québécois
se font dans les restaurants.
La facture d’épicerie
ne semble donc pas être
un grand stress financier
pour le consommateur québécois.
Il est vrai qu’une
inflation alimentaire peut
toucher lourdement les plus
démunis, mais comme
société nous
devons travailler davantage
du côté des
revenus plutôt que
des dépenses afin
d’améliorer
le quotidien de ceux qui
sont dans cette situation.
Il demeure que les prix
des produits agricoles et
des aliments ont augmenté
beaucoup plus faiblement
que l’inflation au
cours des dernières
années, et ce, alors
que les revenus des ménages
étaient en hausse.
Cette situation reflète
les importants gains de
productivité que
la filière agroalimentaire
a réalisés
et qu’elle a transférés
aux consommateurs. Toutefois,
elle reflète également
une surproduction chronique
sur le plan international
pour plusieurs denrées
agricoles, qui s’est
traduite par des prix souvent
sous le coût de production.
Les gouvernements occidentaux
ont donc dû compenser
par la mise en place de
programme catastrophe et
de subvention pour maintenir
leur agriculture en vie,
avec tous les problèmes
d’incitatif et de
répartition que cela
peut occasionner. En fait,
une hausse du prix du panier
d’épicerie
nous rapprochera davantage
du prix véritable
des aliments.
Pour les consommateurs susceptibles
de paniquer devant une éventuelle
hausse du panier d’épicerie,
il y a encore un peu d’espoir.
En effet, une récession
aux États-Unis pourrait
se répercuter sur
la croissance de la Chine
et sur l’économie
d’autres pays émergents.
Cela aurait pour effet de
réduire la progression
de la demande de protéines
animales, réduisant
du coup la pression à
la hausse des prix des denrées
agricoles. De plus, une
économie qui tourne
moins vite consomme moins
de matière première,
ce qui à son tour
pourrait induire une baisse
du prix de l’énergie
et des fertilisants, réduisant
d’autant plus la pression
sur les prix des denrées
agricoles. Toutefois, une
récession américaine
est généralement
une très mauvaise
nouvelle pour l’économie
canadienne.
Une hausse de notre panier
d’épicerie
serait, après tout,
peut-être un moindre
mal. Alors prochainement,
si vous êtes tenté
comme consommateur de piquer
une colère devant
une hausse de coût
de votre panier d’épicerie,
rappelez-vous que somme
toute, votre alimentation
occupe une faible partie
de votre budget et comme
le disait Hippocrates :
« Que ton premier
médicament soit ton
aliment. » Et s’il
vivait aujourd’hui,
il ajouterait sûrement
« … alors que
ta voiture n’est qu’un
futur tas de ferraille ».
Bref, tout est relatif!
Le prof
Doyon
Le prof Doyon
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Maurice Doyon est
professeur agrégé
et directeur du
programme de maîtrise
au Département
d’économie
agroalimentaire
et des sciences
de la consommation
de l’Université
Laval. Il est également
membre du Centre
de Recherche en
Économie
agroalimentaire
(CRÉA) au
même département,
professeur auxiliaire
à l’Université
du Maine, chercheur
associé du
Centre interuniversitaire
de recherche en
analyse des organisations
à Montréal
et chercheur associé
de l’Institut
des nutraceutiques
et des aliments
fonctionnels. Détenteur
d’un doctorat
en économie
appliquée
de l’Université
Cornell, ainsi que
d’une maîtrise
de la même
institution, M.
Doyon a obtenu plus
de quinze bourses
et distinctions
tout au long de
son cheminement
académique.
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