Certains évènements récents me troublent. Par exemple, la réaction publique au rapport Montmarquette, portant sur la tarification des services publics. Le message de ce rapport est que les Québécois ne paient pas la juste valeur des biens et services gouvernementaux qu’ils reçoivent. En d’autres mots, dans un principe d’utilisateur-payeur, nous devrons débourser davantage si nous voulons assurer la pérennité de ces biens et services, qu’il s’agisse de la qualité de l’éducation universitaire, de nos ponts et routes, des services en garderie ou de la qualité de notre eau. Or, ce rapport a soulevé l’indignation de plusieurs observateurs politique et de la population en général, à un point tel que notre gouvernement minoritaire semble déjà l’avoir enterré.
Dommage, puisque ce rapport permet de comprendre que nous nous dirigeons vers une situation très difficile si nous ne changeons pas le cap. Nous pouvons toujours ignorer les constats du rapport, mais cela ne modifiera pas pour autant la réalité, c’est-à-dire que quelqu’un devra payer un jour. Cela déboulonne le mythe d’un Québec épris d’environnement et de justice sociale. En effet, si l’eau et l’électricité étaient payées à leur juste valeur, verrions-nous des gens faire fondre leur banc de neige par une journée ensoleillée en utilisant le boyau d’arrosage? Laisserions-nous toutes les lumières de la maison allumées alors que nous sommes tous dans la même pièce? Que dire du « cadeau » que nous allons léguer aux prochaines générations? Une population gériatrique qui coûtera une fortune à financer en frais de santé et de fonds de retraite, avec en prime des infrastructures qui s’apparentent à celle du tiers-monde. Espérons que cette jeunesse aura étudié à l’étranger, puisque notre système d’éducation universitaire est en perte nette de vitesse, par manque de fonds. Quant à ceux qui s’opposent à ce rapport au nom de la justice sociale et des plus démunis, ils font fausse route. C’est sur les revenus des démunis que nous devons travailler, non pas sur leur dépense. Par exemple, imaginons que les tarifs d’électricité doublent; si bien qu’à son niveau de consommation actuelle, la facture d’une personne à faible revenu augmente de 1000 $. La marge dégagée par la hausse de tarif à l’ensemble de la population permet d’accroître le revenu de cette personne de 1000 $ (c’est sur ce plan que les revendications doivent se tenir). Or, étant donné le prix élevé de l’électricité, elle fera nettement plus attention à sa consommation électrique et pourra réduire de façon réaliste sa facture à 800 $, elle est donc 200 $ plus riche qu’avant la hausse des tarifs.
Plus près de nous, cette discussion sur notre richesse collective et le rôle de l’État se transpose également en agriculture, pensons au programme d’ASRA, avec un déficit actuariel non loin de 600 millions de dollars. La situation n’est certes pas facile, et plusieurs questions surgissent. Doit-on soutenir au niveau actuel une production qui est largement exportée, comme le porc, mais qui ne déclenche pas de paiements chaque année? À l’inverse, doit-on soutenir au niveau actuel une production comme l’agneau qui a toujours reçu des compensations? Doit-on être plus sophistiqué et ne pas nécessairement soutenir au même niveau toutes les fermes d’une même production? Une ferme comptant plus de 1000 brebis affiche-t-elle le même coût de production que celle de 120 brebis? Les deux types de ferme ont-ils besoin du même type d’aide pour se développer?
Tout comme la société civile devra éventuellement accepter des réaménagements au chapitre des biens et services de l’État et de leur tarification, l’agroalimentaire québécois devra également revoir certains de ses programmes afin de les optimiser. Est-ce que dans les deux cas cela sera fait adéquatement et dans des délais raisonnables? Si je devais parier, mon argent irait sur l’agroalimentaire.
Le prof Doyon
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Maurice Doyon est
professeur agrégé
et directeur du
programme de maîtrise
au Département
d’économie
agroalimentaire
et des sciences
de la consommation
de l’Université
Laval. Il est également
membre du Centre
de Recherche en
Économie
agroalimentaire
(CRÉA) au
même département,
professeur auxiliaire
à l’Université
du Maine, chercheur
associé du
Centre interuniversitaire
de recherche en
analyse des organisations
à Montréal
et chercheur associé
de l’Institut
des nutraceutiques
et des aliments
fonctionnels. Détenteur
d’un doctorat
en économie
appliquée
de l’Université
Cornell, ainsi que
d’une maîtrise
de la même
institution, M.
Doyon a obtenu plus
de quinze bourses
et distinctions
tout au long de
son cheminement
académique.
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