Put multiple modes of action to work all season long | VIOS G3
L’agriculture n’est pas sexy
chez bien des jeunes

Septembre 2008
Des départements d’économie rurale en Amérique du Nord sont en perte de vitesse. Bien entendu, la baisse démographique réduit le nombre d’étudiants potentiels. Ce phénomène, particulièrement au Québec, affecte les universités en général. Toutefois, au-delà de cela, les départements d’économie agroalimentaire et les facultés d’agriculture semblent souffrir d’un problème d’image de l’agriculture. En effet, seulement au Canada, le département d’économie rurale de l’Université de Colombie-Britannique n’est plus qu’un groupe de recherche offrant un programme de maîtrise. Quant à celui de l’Université McGill, il n’est plus l’ombre de lui-même avec trois professeurs et un rattachement au département de science naturelle.

Chez nous, à l’Université Laval, le département d’économie rurale est passé de 24 professeurs (incluant le programme de consommation) il y a quelques années, à bientôt 14. De plus, la dernière embauche d’un professeur date de plus de huit ans (ma propre embauche). Il est vrai que de se faire dire « le jeune » alors qu’on a 40 ans n’est pas désagréable, mais le manque de sang neuf à mon département commence à se faire sentir. Pourtant, le taux de placement de nos gradués est pratiquement de 100 %, les salaires sont excellents et les défis
excitants et nombreux.

Problème d’image de l’agriculture me rétorquerez-vous? Dans les sondages sur les professions, les agriculteurs ne sont-ils pas parmi les plus aimés, les plus admirés, ceux en qui les gens ont confiance? Vous avez raison. Mais force est de constater qu’il semble que ce soit une certaine image de l’agriculteur, possiblement en décalage avec la réalité, que les gens affectionnent. La réalité agricole véhiculée dans les médias généraux est, avouons-le, souvent à connotation négative. Pensons à l’image d’une agriculture source de pollution, à la crise de revenu agricole qui a été martelé ad nauseam sur toutes les tribunes, la crise porcine et les mégaporcheries, une vache abattue devant les caméras d’une chaîne nationale, du lait jeté aux égouts, des barils de sirops qui explosent, sans parler des gourous culinaires de grande écoute qui commente l’agriculture de façon anecdotique. Comme vous le savez, dans plusieurs cas ce qui est reporté est partiel, hors contexte ou carrément faux.

Néanmoins, de l’extérieur, l’agriculture peut sembler être polluante, en déclin (la misère au chapitre des revenus) et problématique en général. Bref, pas très vendeur pour les jeunes gens qui envisagent une carrière. Pour illustrer ce phénomène, avec un collègue économiste de l’Université de Victoria, nous avons récemment offert une problématique agricole à une jeune et brillante étudiante de son département. Cette dernière nous a répondu qu’elle ne voulait pas s’affairer sur cette problématique puisqu’elle ne voyait pas un grand avenir en agriculture : « You know, agriculture is not a very sexy subject of study. » Cette étudiante travaille maintenant sur un poisson en voie de disparition.

Pourtant, les données nous démontrent que l’agriculture est riche en innovations technologiques et nous devons reconnaître que d’importants efforts au chapitre de l’environnement ont été faits. L’agriculture sera vraisemblablement une variable majeure dans le futur pour faire face aux défis environnementaux ainsi qu’aux défis d’une demande accrue en ressources naturelles et en nourriture. L’agroalimentaire québécois est déjà rempli de success story individuel et collectif et ces réussites doivent être mises de l’avant. Une récente conférence du directeur général des yogourts Liberté, lors des dernières Perspectives agroalimentaires, qui traitait de leurs succès au chapitre environnemental était particulièrement rafraîchissante.

Puisque même les petits gestes comptent, sans nier les problèmes au moment où ils se présentent, pourrions-nous être plus positifs et ne pas avoir peur, si un secteur se porte bien, de le mentionner? Quand où les secteurs aéronautiques ou biotechnologiques vont bien, ces derniers le claironnent, et ce sont tous les Québécois qui en deviennent fiers. Pourquoi ne pas faire de même lorsque le secteur des plumes ou le secteur laitier connaissent de très bonnes années? Qui sait, avec un peu de chance ces efforts feront peut-être en sorte que dans quelques années, je ne serai plus « le jeune » de mon département!



Le prof Doyon

Maurice Doyon est professeur agrégé et directeur du programme de maîtrise au Département d’économie agroalimentaire et des sciences de la consommation de l’Université Laval. Il est également membre du Centre de Recherche en Économie agroalimentaire (CRÉA) au même département, professeur auxiliaire à l’Université du Maine, chercheur associé du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations à Montréal et chercheur associé de l’Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels. Détenteur d’un doctorat en économie appliquée de l’Université Cornell, ainsi que d’une maîtrise de la même institution, M. Doyon a obtenu plus de quinze bourses et distinctions tout au long de son cheminement académique.




 

 


Retour



Copyright © 2006 La Coop fédérée | Tous droits réservés