Put multiple modes of action to work all season long | VIOS G3
Un dernier verre avant l’orage
Décembre 2008
Je devais avoir l’air un peu égaré le mois passé avec ma dernière chronique – vous savez, celle qui portait sur l’avoine – parce que vous avez été incroyablement nombreux à vous précipiter à mon secours et à me transmettre des témoignages de compassion. Je vous rassure : tout comme les agriculteurs (que j’admire), je vais continuer de produire jusqu'à tant qu’il m’en reste plus.

Me permettez-vous que je vous parle d’éco­nomie agricole ce mois-ci? Et de récession écono­mique? Je sens que vous serez moins attentifs, mais je ne veux pas déplaire à la rédactrice en chef qui m’a ordonné une vraie chronique et qui veut que je fasse œuvre utile à son magazine.

Alors, voici. Depuis trois ans, le monde a consommé plus que la production. Les stocks agricoles ont rétréci comme une peau de chagrin, ayant largement diminué sous un seuil jugé critique. Il était d’un commun entendement que les prix agricoles allaient continuer de monter, les spéculateurs flairant la bonne affaire. Pour la première fois en 30 ans, on a vu des émeutes de la faim un peu partout dans le monde.

Comme d’habitude, les producteurs ont réagi aux nouvelles tendances de prix lumineux et ils n’ont pas manqué de souffle. Chipotent un peu ici, chipotent un peu là, toujours est-il que la récolte de blé en 2008 a été de 9 % plus élevée qu’en 2007! Toute production céréalière confondue – incluant le maïs et le soya – c’est 4 % de plus. Du jamais vu.

Et pour 2009? Les experts sont formels : c’est reparti pour une autre saison. S’il n’y a pas de séche­resse ou d’inondation, de yin ou de yang, de fling ou de flang, la production de blé augmentera de 11 % l’an prochain. Une prévision de récolte record.

La production est-elle en train de rattraper la consommation? Pas tout à fait. L’appétit pour la viande est encore féroce en Chine et en Inde – et l’Amérique d’Obama tient encore à son éthanol de maïs – de sorte que ces récoltes à la Crosby suffiront à peine à combler la demande. Les prix ne seront peut-être pas aussi intéressants, mais ils ne retour­neront pas dans le caniveau des vingt dernières années.

Oui mais, me direz-vous, la crise économique? Quoi, la crise économique? Ils disent à la télé et à la radio que la fin du monde va arriver, cela va forcément affecter le secteur agricole, non? D’abord une chose importante : il n’y aura pas de dépression style 1930. Les gouvernements ont appris et ils savent à peu près quoi faire. Ils connaissent la recette pour éviter le crash : beaucoup de cash et beaucoup d’ouverture de marchés. Les États-Unis en creusant son déficit, la Chine avec ses immenses réserves financières et l’Union européenne vont continuer d’intervenir pour empêcher l’effet domino. L’industrie automobile sera sauvée, les banques seront renflouées.
Cela dit, l’année qui vient sera très dure. On assistera à la plus forte contraction des dépenses des consommateurs en 50 ans! Certains secteurs souffriront beaucoup. La foresterie continuera sa descente aux enfers. La construction et la rénovation tomberont à plat. Les fabricants d’ordinateurs, les restaurateurs, les banquiers seront durement frappés. Au menu, donc : faillites nombreuses et mise à pied massive.

Les bonnes nouvelles : l’inflation, forcément, ne sera plus une menace, la main-d’œuvre sera plus abondante, les taux d’intérêt baisseront et le prix du pétrole sera relativement bas. Bien sûr, les consommateurs mangeront moins au restaurant, mais ils mangeront autant et différemment. Les patates, le poulet, le lait et le porc seront in, les fromages haut de gamme et les produits hautement transformés le seront un peu moins. Ajoutons qu’un dollar plus faible aidera notre industrie porcine.

Bref, à l’exception de quelques drames isolés et malheureux, notre industrie alimentaire devrait passer au travers à moins que… À moins que l’OMC nous joue des tours et que Mme Jérôme-Forget profite de la panique ambiante pour couper démesurément dans les programmes de stabili­sation. Mais il s’agit d’une autre histoire, peut-être même de spéculations non fondées, et qui fera sans doute l’objet d’une autre chronique.

En attendant, je vous embrasse et vous souhaite de passer un bel hiver.




Claude Lafleur
Chef de la direction
La Coop fédérée

 

 


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