Put multiple modes of action to work all season long | VIOS G3
La vie a-t-elle la même valeur
en milieu rural qu’en ville?

Février 2009
Récemment, j’entendais à la radio qu’une ambu­lance à Québec avait pris plus de six minutes à se rendre sur les lieux d’un accident. Ce temps étant considéré comme étant trop long, plusieurs intervenants réclamaient sur cette base des investissements supplémentaires afin de réduire ce temps d’intervention.

Ayant grandi en milieu rural, ce genre de commentaire me fait toujours sursauter. En effet, un délai de 6 minutes ou même de 15 minutes serait le bienvenu dans plusieurs régions du Québec. Qui n’a pas une anecdote concernant de très longs délais d’attente avant l’arrivée d’une ambulance? Combien de vies ont-elles été perdues par ce double standard entre la ville et la campagne? Je me souviens de cette jeune femme d’un village en Estrie en piteux état suite à un accident automobile. Entre l’appel et l’arrivée des ambulanciers, près d’une heure s’est écoulée. Nul doute que sans l’intervention d’une infirmière du coin, les chances de survie de cette jeune femme auraient été sérieusement compromises1.

L’idée n’est pas de déshabiller la ville pour habiller la campagne, mais ce double standard questionne et peut faire naître un sentiment d’injustice. Le problème est que si nous avions une ambulance supplémentaire à ajouter au système, il n’est pas évident que cette dernière devrait être ajoutée en région rurale. En effet, un économiste vous dirait que l’ambulance supplémentaire doit aller là où elle rapporte le plus en termes d’interventions et de vies sauvées. Or, une ambulance supplémentaire sauvera plus de vie dans un environnement densément peuplé comme la ville qu’en région rurale.

À ce compte, les régions rurales sont-elles condamnées à être le parent pauvre des interventions d’urgences? Pas nécessairement, mais il faut probablement aborder le problème différemment, puisque dans un contexte budgétaire limité, il serait utopique de viser un temps d’intervention aussi rapide en région rurale qu’à Montréal. Sans avoir la prétention de détenir la solution, à titre exploratoire nous pourrions envisager d’identifier des intervenants qui ont des compétences en santé et qui sont disponibles, dans chaque petit village québécois. Ces gens pourraient être des infirmières ou ambulanciers à la retraite, ou encore des gens qui ont ou veulent développer des compétences en premier soins. Ces personnes pourraient recevoir une contribution symbolique, avoir une trousse de premiers soins et un téléavertisseur payé par l’État. Un peu à l’image des entreprises qui doivent avoir un certain nombre d’employés formés en premiers soins. Cette approche coûterait peu et permettrait l’utilisation de ressources humaines sous-utilisée en région, réduisant le temps d’intervention avant l’obtention de soins minimaux et du coup permettant de sauver des vies, en attendant l’arrivée des ambulanciers.

Cette suggestion repose sur l’observation, puisque ma mère, infirmière à la retraite, vit en quelque sorte cette situation. En effet, elle a souvent été appelée en catastrophe au village pour tantôt sauver une main, tantôt stabiliser une mauvaise fracture ou carrément sauver la vie d’un enfant en détresse respiratoire. Cela, sans médaille, sans reconnaissance officielle et souvent à ses propres frais (coût du matériel de premiers soins de sa trousse), mais toujours avec la gratitude des gens du village. Pourquoi alors de pas officialiser cette situation et l’optimiser? Rappelons-nous le film La Grande Séduction pour comprendre l’importance de l’accès rapide à une forme de soins de première urgence en milieu rural. Ceci est important pour conserver la relève et même attirer de jeunes familles en milieu rural.

D’ici là, si les gens en milieu rural ont l’impression que la vie n’a pas la même valeur en campagne qu’en ville, qu’ils se consolent suivant cette intense période électorale puisqu’il semble qu’un vote en milieu rural vaut plus qu’un vote en ville!


Le prof Doyon

Maurice Doyon est professeur titulaire et directeur du programme de maîtrise au Département d’économie agroalimentaire et des sciences de la consommation de l’Université Laval. Il est également membre du Centre de Recherche en Économie agroalimentaire (CRÉA) au même département, professeur auxiliaire à l’Université du Maine, Fellow du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations à Montréal et chercheur associé de l’Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels. Détenteur d’un doctorat en économie appliquée de l’Université Cornell, ainsi que d’une maîtrise de la même institution, M. Doyon a obtenu plus de quinze bourses et distinctions tout au long de son cheminement académique.

1 Le temps d’intervention moyen à Montréal est près de 5 minutes, alors qu’en plusieurs régions rurales ce temps est d’environ 40 minutes.




 

 


Retour



Copyright © 2006 La Coop fédérée | Tous droits réservés