La Coop fédérée affiche des résultats records cette année : 71 millions $. Certes, c’est beaucoup d’argent comparé aux années précédentes, mais c’est relativement modeste par rapport à son chiffre d’affaires de 3,6 milliards $ et aux excédents générés, bon an, mal an, par d’autres grandes coopératives en Amérique du Nord, comme Agropur, Growmark et Tennessee Farmers Coop.
Cela dit, on devrait se réjouir de ce redressement singulier, festoyer et danser avec les bougalous – pensez-y, un record à vie –, mais il y a quelque chose qui grince dans le joint, un bruit de caisse qui fatigue, un malaise qui se sent dans les questions et dans la gestuelle de
certains producteurs qui croient dur comme fer qu’on les vole et qu’on fait de l’argent sur leur dos!
Ah misère! Ce n’est pas qu’un petit malaise. Il faut donc rappeler, s’il en est besoin, que les résultats de La Coop surviennent après une période de vaches maigres et qu’ils proviennent de la contribution de plusieurs activités commerciales dont une bonne partie est faite avec toute sorte de monde, sauf des producteurs agricoles.
Tiens, prenez par exemple ce poulet, qui est vendu à bon prix aux clients de Loblaws, ou ce porc qui est exporté en Corée et en Chine avec une marge de profit inhabituellement élevée. Ou encore ces 300 millions de litres d’essence qui sont vendus à des automobilistes agités, et ces 200 millions de litres de diesel non coloré qui est refilé aux grands routiers. Ajoutez 50 000 tonnes d’urée qui sont directement vendues à un fabricant de colle blanche industrielle et des matériaux de construction qui sont achetés dans nos quincailleries par des citadins, vous obtenez près de la moitié du chiffre d’affaires de La Coop qui est faite avec des non-membres!
En générant des profits qui, directement, garnissent les goussets de l’entreprise, toutes ces activités rentables sont nécessaires pour maintenir le service aux membres à des prix raisonnables. C’est une bonne chose.
Bien sûr, les producteurs de porc diront que leur prix vendant n’est pas à la hauteur du prix américain. C’est vrai. Le vrai malaise est là, si vous voulez mon avis. D’ailleurs, depuis juin 2008, la Fédération des producteurs de porcs et Olymel se sont entendus et ont même signé une entente pour hausser le prix du porc à la hauteur du prix américain. En vain, des abattoirs s’y opposent toujours.
Pourquoi?
Faudrait leur demander à eux plutôt que de taper dru sur la tête d’Olymel.
Alors, on assume. On ne sera pas des nantis qui font semblant d’être pauvres ou des propriétaires qui ont honte de leur domaine. Cet argent, La Coop l’a gagné en dépit d’une farouche concurrence. Elle l’a gagné aussi en raison de la stratégie commerciale de sa filiale Olymel, de la lourde rationalisation des actifs du réseau La Coop (fermeture d’usines et de meuneries locales), d’une offre d’affaires de plus en plus attrayante auprès des producteurs et du travail acharné et honnête de ses employés.
Ces excédents éclatants serviront à poursuivre les projets Chrysalide (lesquels visent à baisser les coûts à la ferme), à moderniser le réseau La Coop qui en a bien besoin, à maintenir les services dans les petites localités depuis longtemps désertées par la grande entreprise, à créer des coops d’agroénergie un peu partout sur le territoire, à investir dans des projets qui donneront aux producteurs la maîtrise de leurs destinées, à rassurer nos banquiers, à attirer du bon personnel et, surtout, puisque les résultats le permettent, à remettre sans hésitation de généreuses ristournes. On parle de 30 M$ cette année, un autre sommet.
Je me réjouis à penser que cet argent généré par des coopératives agricoles, comme Agropur, comme Citadelle, comme Unicoop, comme Profid’Or, ne finira pas ses jours sur les plages de la Floride, mais plutôt dans les terres du Québec.
Claude
Lafleur
Chef
de la direction
La Coop fédérée