Put multiple modes of action to work all season long | VIOS G3
J’ai les blues made in Québec
Avril 2009
Est-ce la fin de la saison hivernale, le climat politique et économique? Mais j’ai les blues! Malgré le respect que j’ai pour ceux qui choisissent de servir leurs concitoyens, la politique canadienne et québécoise me déprime. Comme l’écrivait Gil Courtemanche dans Le Devoir, la politique devrait être un dialogue permanent entre le citoyen et son représentant. Lévesque illustrait bien ce type de politicien qui ne considère pas le citoyen comme un imbécile, mais comme une personne à qui on se doit d’expliquer la situation afin de gagner son adhésion. C’est d’ailleurs l’approche que semble privilégier Obama.

À l’inverse, le Canada et le Québec comptent essentiellement des politiciens professionnels pour qui le lieu politique est le parlement. Les citoyens n’ont pour rôle que de les élire. Les campagnes électorales sont alors axées sur des images et des impressions, et non sur des idées. La « joute » politique est analysée par des experts, la tactique est d’éviter les vraies questions, dire des phrases creuses et éviter les gaffes, laissant les citoyens désabusés et avec un goût amer dans la bouche.

Or, quand la classe politique daigne écouter, nous nous retrouvons parfois dans la confusion comme l’illustre la règle du produit du Canada. Passant d’une situation où des cornichons produits à des milliers de kilomètres du Canada pouvaient porter la mention produit au Canada, nous passons à celle où maintenant une confiture de fraises de l’île d’Orléans ne pourrait plus porter la mention produit du Canada, puisque plus de 2 % du produit est importé (le sucre).

Avouer que combiné à un flux quotidien de mauvaises nouvelles économiques, le déficit de La Financière agricole et un sous-financement universitaire, il y a de quoi avoir les blues.

C’est dans cet état d’esprit que je suis allé en Californie récemment pour discuter de politiques laitières sur l’invitation de la Western United Dairymen. Les producteurs laitiers californiens souffrent. Le prix du lait ayant chuté de plus de 50 % en quelques mois. Les prix précédemment élevés ont créé un incitatif à augmenter la production, excédant la capacité de transformation de la Californie. Les transformateurs (privé ou coopérative) ont donc mis en place un système de pénalités pour les volumes livrés au-delà d’une base historique (une forme de quota). Maintenant, les prix sont mauvais, mais les volumes sont toujours là. C’est dans ce contexte que le programme Coop Working Together1 s’apprête à abattre 51 000 vaches laitières aux États-Unis. L’intervention d’un producteur résume bien la situation : « Nous devons apprendre à nous coordonner, présentement lorsque les prix sont bons nous augmentons tous notre production, ce qui collectivement est suicidaire. Nous devons alors nous tourner vers des solutions drastiques, telle la destruction de nos vaches. » Noter également l’intervention du Congresman Cardoza : « Je connais la précarité de votre situation, mais vous devez parler d’une seule voix afin que je puisse vous aider à Washington. » Le message ne pouvait être plus direct, rappelons que les producteurs laitiers californiens sont regroupés au sein de plusieurs organisations.

Ce voyage m’a laissé songeur, le Québec est loin du paradis agricole californien, oubliez les 8 à 11 coupes de luzerne par an et l’incroyable diversité agricole. Néanmoins, tous les producteurs rencontrés m’ont parlé : 1-de leur problème organisationnel (pas de message unifié) et 2-de l’accès à l’eau. Il va sans dire qu’au Québec, nous sommes bien pourvus en eau et en organisations agricoles, sans compter qu’économiquement nous nous en tirons mieux que les Américains. Tout comme l’hiver, les blues finiront bien par passer. Bien que je ne sache pas ce que l’avenir nous réserve, nous devons reconnaître que d’ici à ce que nous retrouvions des politiciens inspirants, nous avons des avantages agricoles pour nous développer, malgré la « nordicité » de notre agriculture.


Le prof Doyon

Maurice Doyon est professeur titulaire et directeur du programme de maîtrise au Département d’économie agroalimentaire et des sciences de la consommation de l’Université Laval. Il est également membre du Centre de recherche en économie agroalimentaire (CRÉA) au même département, professeur auxiliaire à l’Université du Maine, Fellow du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations à Montréal et chercheur associé de l’Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels. Détenteur d’un doctorat en économie appliquée de l’Université Cornell, ainsi que d’une maîtrise de la même institution, Maurice Doyon a obtenu plus de quinze bourses et distinctions tout au long de son cheminement académique.

1 Coop Working Together est un programme financé par les producteurs de lait sur une base de participation volontaire. Le programme a pour objectif de réduire l’offre et d’augmenter le prix du lait.




 

 


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